Resvératrol

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Êtes-vous de ceux et celles qui aiment prendre leur « verre de vin rouge quotidien » ?… Les effets bénéfiques d’une consommation modérée de vin sur la santé continuent de défrayer les manchettes. Plus souvent qu’autrement, le resvératrol est identifié comme le principal agent actif du vin rouge. En tant qu’aide ergogène, le resvératrol est surtout connu comme un agent anti-oxydant susceptible de contrer les conséquences délétères du stress oxydatif associé à un effort physique soutenu (ex.: lésion et douleur musculaire); particulièrement dans les disciplines d’endurance. Il n’est pas non plus rare de voir le resvératrol être utilisé par ceux et celles cherchant à perdre quelques kilos.

Resvératrol… à votre santé !

L’histoire du resvératrol commence avec son identification ainsi que son isolation à partir du vérâtre blanc (Veratrum album var. grandiflorum) en 1940 par des scientifiques Japonais. On pense d’ailleurs que le nom « resvératrol » tire son origine de cette plante-là. Mais c’est plutôt à partir du début des années 1990 que le public fait connaissance avec le resvératrol; via le concept du « Paradoxe Français ».

Le « Paradoxe Français » désigne l’observation épidémiologique selon laquelle l’incidence de maladies cardiovasculaires en France est l’une des moins élevées au monde; en dépit d’une alimentation présumément riche en gras saturés (ex.: foie gras, charcuterie, croissants ?). À l’époque, des chercheurs Français avaient évoqué la consommation régulière de vin rouge parmi leurs compatriotes pour expliquer ce paradoxe-là. Avec d’autres composés présents dans le vin rouge, le resvératrol fut proposé comme principalement responsable de cet effet cardio-protecteur du vin rouge. Notons que le concept de « Paradoxe Français » ne fait pas l’unanimité au sein de la communauté scientifique. Entre-temps, les propriétés anti-cancérigènes du resvératrol avaient également attiré l’attention vers la fin des années 1990.

Depuis le tournant des années 2000, le resvératrol continue de susciter un certain intérêt scientifique, commercial ainsi que médiatique. Le potentiel thérapeutique du resvératrol fait présentement l’objet d’une quarantaine d’essais cliniques dans divers champs ou domaines thérapeutiques. En plus des maladies cardiovasculaires et du cancer, mentionnons les maladies métaboliques (ex.: diabète, hyperlipidémie, obésité), les maladies neuro-dégénératives (ex.: maladie d’Alzheimer) et la médecine « anti-âge ». Tout cet intérêt se basait traditionnellement sur les propriétés anti-oxydantes et anti-inflammatoires du resvératrol. Plus récemment, l’attention portée au resvératrol a évolué après qu’un ensemble d’études animales aient mis en lumière son aptitude à mimer certains des effets bénéfiques du jeûne (restriction calorique) ainsi que de l’exercice physique sur la santé métabolique de l’organisme à long terme. Au niveau cellulaire, ces actions « mimétiques » du resvératrol reposent sur l’activation de divers signaux métaboliques (ex.: sirtruines, AMPK, PGC-1α, Nrf2). Tout cela amène plusieurs auteurs à décrire le resvératrol comme étant ce que l’on appelle un « restriction calorique-mimétique » ainsi qu’un « exercice-mimétique ». Il est intéressant de noter que ce dernier aspect du resvératrol a récemment fait l’objet d’une légende virale sur le web.

Description: c’est quoi le resvératrol ?

 

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Le resvératrol (3,4’,5-trihydroxystilbène) est un polyphénol stillbénoïde que l’on retrouve évidemment dans le raisin rouge (mais ni blanc, ni vert). Mais il est également présent en quantités variables dans plus de 100 espèces végétales; dont les baies (ex.: bleuets), les noix (ex.: arachides), le verâtre et la renouée. Le resvératrol peut également être considéré comme un phytoestrogène à certains égards. Le resvératrol se présente naturellement sous deux formes (ou isomères): la forme cis- et la forme trans-. Le trans-resvératrol est la forme la plus pertinente des deux; aussi bien scientifiquement que commercialement parlant. En effet, le trans-resvératrol est à la fois plus abondant, plus stable et plus étudié que le cis-resvératrol. Il est parfois fait mention d’une troisième forme de resvératrol: le picéïde. Quoique dérivé du resvératrol, ce dernier doit être plutôt considéré comme un composé à part entière, et non comme un isomère du resvératrol.

Le trans-resvératrol est disponible sur le marché canadien comme produit de santé naturel. Les suppléments de trans-resvératrol existent principalement sous de forme de capsules, de comprimés et de liquides. Alors qu’une alimentation « normale » incluant la consommation modérée de vin rouge apporte entre 2 et 8 mg/jour de resvératrol, les suppléments disponibles sur le marché en contiennent entre 20 et 1000 mg, selon les formulations. Le dosage de la plupart des suppléments de resvératrol se situe entre 100 et 250 mg. Le resvératrol est souvent combiné à d’autres agents (ex.: vitamine C, quercétine, co-enzyme Q10, curcumin etc.) dans la composition de produits nutraceutiques anti-oxydants destinés ou à la perte de poids.

En raison des vertus attribuées au vin rouge, il n’est pas surprenant de retrouver également divers produits nutraceutiques dérivés du raisin rouge renfermant du resvératrol en quantité variable. (ex.: extraits de pépins, extraits de pelure, extraits de jus ou de vin). Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, le raisin rouge (Vitis vinifera) ne constitue pas la source la plus riche de resvératrol… Il s’agit plutôt de la renouée du Japon (Polygonum cuspidatum ou Fallopia japonica).

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De ce fait, les suppléments de trans-resvératrol sont pour la plupart du resvératrol extraite et purifiée à 99% à partir des racines de renouée. Des produits nutraceutiques à base de renouée sont d’ailleurs commercialement disponibles. Cela est d’autant plus intéressant que les renouées, originaires d’Asie, constituent des espèces envahissantes en Amérique du Nord (Montréal y compris…). Bref, il importe de ne pas faire d’amalgame entre resvératrol pur et les divers « extraits » de raison rouge ou de renouée, dont le contenu en resvératrol varie considérablement d’un produit à l’autre.

Potentiel ergogène: le resvératrol est-il efficace ?

fig 4En nutrition sportive, l’intérêt pour le resvératrol remonte à la seconde moitié des années 2000, notamment sur la base d’études faisant état d’améliorations de la performance physique (ex.: endurance à la course, habiletés motrices) pouvant aller jusqu’à 85% chez des souris traitées au resvératrol. Faut-il s’attendre à pareil effet ergogène chez les humains ? Chez des sportifs ?… Les quelques études à ce sujet-là furent effectuées avec des dosages allant de 100 à 600 mg/jour sur des périodes variant de 8 semaines à 3 mois. Aucune de ces études n’a été en mesure de mettre au jour effet ergogène particulier de la supplémentation en resvératrol; ni chez les sujets sains, ni chez les sujets entraînés. Cela est aussi vrai pour la performance cardio-respiratoire que pour l’atténuation des lésions musculaires associées à l’effort. Certaines données cliniques probantes existent quant à une diminution de l’adiposité suivant la supplémentation en resvératrol. Alors que ces données ont été obtenues avec des sujets obèses, reste à savoir si des résultats semblables pourraient être observé chez des sujets sains ou même entraînés.

Potentiel ergogène: les interrogations

Comment expliquer ce clivage entre les observations issues des études animales et les résultats observés chez les sujets humains ? Et bien… En dépit d’une meilleure connaissance du resvératrol ces dernières années, plusieurs inconnus persistent quant à la pharmacologie exacte du resvératrol. Il n’en demeure pas moins que la biodisponibilité du resvératrol est faible (moins de 1%), à l’instar de celle d’autres polyphénols bien connus (ex.: quercétine, curcumin etc.). Cette faible biodisponibilité limite l’activité pharmacologique du resvératrol dans l’organisme, ce qui contribue à rendre difficile d’établir le dosage optimal chez l’humain. En effet, les dosages de resvératrol auxquels un effet ergogène est observé dans les études animales sont particulièrement élevés. En appliquant les facteurs de conversions utilisés en pharmaceutique, de tels dosages se traduisent par des valeurs au moins 75 fois supérieures à celles recommandés chez l’humain. Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’industrie pharmaceutique s’intéresse à ce problème depuis quelques années déjà, notamment par la mise au point de produits micronisés (ex.: SRT501) ou carrément de dérivés synthétiques de resvératrol.

La pertinence ou non du recours à des composés anti-oxydants comme aides ergogènes est une autre point d’interrogation. Ce questionnement-là se pose depuis la mise en évidence du rôle physiologique des radicaux libres normalement associés au stress oxydatif (ex.: signalisation cellulaire). L’intérêt pour le resvératrol en nutrition sportive reflète un intérêt marqué pour des aides ergogènes pouvant servir d’alternative aux antioxydants dits « classiques » (ex.: vitamine C et vitamine E). Le potentiel ergogène des anti-oxydants classiques s’étant avéré discutable, une panoplie de composés aux propriétés antioxydantes ont attiré l’attention au cours des dernières années en nutrition sportive (ex.: quercétine, co-enzyme Q10, glutathione, astaxanthine etc.). Quoiqu’il en soit, des données expérimentales semblent suggérer que la supplémentation en resvératrol puisse aller à l’encontre de la contribution des radicaux libres aux adaptations suscitées par l’entraînement (ex.: angiogénèse, métabolisme intramusculaire). Ces observations valent pour les sujets sains et/ou non entraînés, mais le portrait demeure moins clair chez les sujets entraînés pour l’instant.

Cela dit, la récente découverte d’un nouveau mécanisme d’action du resvératrol pourrait jeter un nouvel éclairage sur la question. S’il est avéré, ce mode d’action par « réparation génétique » (ARNt) pourrait aider à expliquer une partie des incohérences retrouvées dans la littérature actuelle. Une étude effectuée chez des coureurs suggère d’ailleurs que le potentiel ergogène ou non de la supplémentation en resvératrol pourrait dépendre de l’état initial du matériel génétique du sujet, à suivre…

Potentiel ergolytique: le resvératrol est-il sécuritaire ?

Tout porte à croire que la supplémentation en resvératrol, dans le respect des dosages recommandés, ne présente pas de danger particulier pour la santé. Les données toxicologiques à court et moyen terme indiquent que la supplémentation en resvératrol est généralement bien tolérée. Le profil toxicologique à long terme du resvératrol n’a pas été étudié de façon systématique cependant. Il est possible que des troubles gastro-intestinaux (ex.: diarrhée, nausée, flatulence, douleur abdominale) se manifestent à des dosages dépassant les 500 mg/jour. Ces effets indésirables sont décrits dans la littérature comme étant généralement légers et transitoires. Il n’est pas à exclure que des traces d’émodine possiblement présentes (?) après le processus de purification du resvératrol à partir de la renouée puissent y contribuer.

Si le profil toxicologique du resvératrol apparaît plutôt favorable, la littérature fait état de certaines préoccupations soulevées sporadiquement. Parmi ces préoccupations, il est possible que le resvératrol exerce une action anti-coagulante. En tant que phytoestrogène, on pourrait également envisager les effets de son activité estrogénique dans l’organisme (avec ses côtés positifs ou négatifs selon le cas…). Cette activité-là n’est toutefois documentée que dans des études in vitro, sans indication quant à sa plausibilité ou non chez l’humain. Finalement, il a déjà été observé que le resvératrol affectait le métabolisme des hormones androgènes (ex.: testostérone) suffisamment pour en altérer la détection dans le sang ou dans l’urine par des méthodes analytiques. Il ne va pas sans dire que cet élément-là a déjà intéressé les autorités anti-dopage… 🍷

Références

 

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