Placebo et performance sportive: placebo ou non ?

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La récente polémique entourant le populaire médicament à base de ginseng contre le rhume Cold-FX souligne la question du placebo comme outil de comparaison lors d’essais cliniques. Cold-FX est un produit à base de ginseng utilisée contre le rhume. Cold-FX s’est fait connaître du public avec sa promotion par diverses personnalités canadiennes et québécoises du sport. Qui dit vrai dans cette affaire? Quel sera l’impact de cette affaire ? L’efficacité ou non d’une intervention comparativement au placebo est une question récurrente qui suscite souvent la controverse dans l’étude des produits thérapeutiques (ex. : médicaments). Cependant cette controverse entourant le placebo touche également la performance sportive. En effet, les discussions sur l’influence ou non du placebo dans un effet ergogène observé avec la supplémentation (ou le dopage selon le cas) sur la performance sportive peuvent devenir assez animées. D’une part, il s’en trouve plusieurs qui évoquent l’effet placebo pour systématiquement expliquer toute observation ou résultat expérimental positif. Après tout, qui n’a pas déjà pensé, dit ou entendu un propos du genre : « Ça, c’est à cause du placebo ! ». D’autre part, plusieurs autres réfutent systématiquement l’influence, voire même l’existence de l’effet placebo dans une observation ou résultat expérimental positif. Ces derniers tiennent souvent des propos du genre : « C’est sûr que ce n’est pas du placebo là ! ». Comment faire la part des choses alors ? Quelle est l’influence réelle du placebo sur la performance sportive ? Quel est l’impact de l’effet placebo sur la validité scientifique des études expérimentales sur la supplémentation ou le dopage dans la performance sportive ?

C’est quoi (vraiment) le placebo ?

La notion de placebo relativement mal comprise par la plupart des gens, incluant la grande majorité des chercheurs et des cliniciens eux-mêmes… Tout d’abord, il importe d’apporter une importante distinction entre les termes « effet placebo » et « placebo » (du latin « je plairai ») à proprement parler. Plusieurs seront surpris d’apprendre que ces deux termes pourtant très semblables n’ont pas vraiment la même signification. Le terme « placebo » désigne une intervention simulée sensée avoir une action nulle mais capable d’agir physiologiquement ou pharmacologiquement sur un sujet pensant recevoir un traitement actif. Généralement de nature pharmaceutique (ex. : médicament, supplément) le placebo ne contient que des composés réputés chimiquement neutres ou n’interférant a priori pas avec le ou les paramètres que l’on cherche à étudier (ex. : performance sportive). Pour sa part, ce que l’on appelle « effet placebo » est une conséquence d’un traitement administré. L’effet placebo se manifeste indépendamment du traitement administré ; qu’il s’agisse d’un placebo ou non.

L’utilisation du placebo comme comparateur de contrôle est considérée comme incontournable dans la conduite en recherche clinique selon les règles de l’art. Cela est aussi vrai pour évaluer l’efficacité thérapeutique que pour évaluer l’effet ergogène d’un produit donné. D’ailleurs, le recours au placebo est une composante des études dites « RCT » (Randomized Controlled Trials), le type d’étude scientifique généralement considéré comme ayant la plus grande valeur scientifique. Le placebo doit pouvoir simuler l’intervention ou le produit étudié pour servir de comparateur de contrôle. Pour ce faire, le placebo devrait être idéalement identique au produit étudié en tout point ; à l’exception du principe ou de l’ingrédient actif. Le placebo et le produit étudié devraient présenter la même apparence, texture, odeur et goût afin de dissimuler leur nature réelle aux individus directement impliqués dans la conduite de l’étude. Il va de soi que cette dissimulation sous-entend une certaine forme de tromperie, et contribue à alimenter la réputation controversée du placebo.

Cependant, l’utilisation du placebo en recherche clinique n’atteint pas toujours son objectif ; notamment parce que plusieurs effets thérapeutiques, ergogènes ou indésirables du produit étudié sont suffisamment reconnaissables par les sujets pour que ces derniers puissent déduire s’ils ont reçu un placebo ou non. Dans la recherche clinique en nutrition sportive, l’apparition de la paresthésie (ou « flushing ») chez certains sujets prenant de la bêta-alanine en constitue l’un des meilleurs exemples. La paresthésie est un trouble passager de la sensibilité tactile ; et constitue l’effet indésirable la plus caractéristique qui soit de la supplémentation en bêta-alanine. Elle se manifeste par des sensations de fourmillements, de picotements et/ou d’engourdissement sur diverses surfaces du corps. Or, il est fort peu probable que ces sensations-là puissent provenir d’un placebo.

Mais contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, l’effet placebo peut s’avérer assez difficile à isoler, à mesurer et à évaluer systématiquement. Il est facile de conclure que l’effet placebo est simplement le bénéfice thérapeutique ou ergogène non attribuable à l’administration d’un traitement étudié. D’ailleurs, l’effet placebo s’illustre comme ci-dessous dans l’imaginaire collectif :

L'effet placebo tel qu'on se l'imagine...

L’effet placebo tel qu’on se l’imagine…

Mais en réalité, l’effet placebo n’est qu’une composante parmi d’autres dans une obsevation donnée (les détails vous en sont épargnés :-)) La figure ci-dessous en illustre la complexité. Qui plus est, la contribution de l’effet placebo à un effet thérapeutique ou ergogène observé varie de 5% à 50% selon le cas. Cette contribution est plus grande quand l’aspect psychologique et/ou neurologique est important dans la question étudiée (ex. : douleur, dépression etc.). Cela amène plusieurs à faire un amalgame entre l’effet placebo et la « pensée positive », mais à tort cependant.

L'effet placebo dans son contexte réel...

L’effet placebo dans son contexte réel…

 

Potentiel ergogène: le placebo est-il efficace ?

De façon générale, les données expérimentales concernant l’administration de placebo à des sujets entraînés ou à des athlètes indiquent une amélioration de la performance sportive chez un pourcentage significatif d’entre eux. Cet effet ergogène est aussi bien objectif (ex. : temps de course, force musculaire) que subjectif (ex. : perception de l’effort, motivation). Plusieurs mécanismes d’ordre physiologiques et neuropsychologiques sont mis de l’avant pour expliquer l’effet ergogène du placebo. Parmi les mécanismes les plus discutés, mentionnons : l’augmentation de l’activation nerveuse sympathique et adrénergique (c-à-d adrénaline), l’augmentation de l’activation dopaminergique (c-à-d dopamine) l’augmentation du rythme cardiaque, l’augmentation de la consommation maximale d’oxygène.

Dans les efforts dits « d’endurance » par exemple, les sujets entraînés voient leurs performances s’améliorer d’environ 2% en moyenne lors des études à cet égard. Les aides ergogènes utilisés (réellement ou non) dans ces études comprennent la caféine et l’EPO.  Une amélioration de 2% est semblable à celle observée pour plusieurs aides ergogènes. Il faut toutefois tenir compte des limitations méthodologiques de ces études quand il est question de leur applicabilité sur le terrain. En effet, les études furent effectuées en milieu contrôlé (ex. : laboratoire).

Mais alors, comment fait-on pour étudier les effets du placebo au dans un contexte sportif au juste ?  Quelques études effectuées au cours des dernières années sur la question ont adopté un schéma d’étude dite « équilibrée à 4 conditions » telle qu’illustrée ci-dessous. Une telle approche permet de combiner tous les scénarios possibles quant à l’administration ou non d’un traitement ou d’un placebo ainsi qu’à la croyance du sujet d’avoir reçu le traitement ou le placebo.

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Une étude utilisant la caféine et le placebo chez des cyclistes faisant des courses contre la montre de 40 km illustre bien cette approche (Foad et al., 2008). Dans cette étude, les cyclistes étaient répartis en 4 groupes : 1) ceux consommant la caféine en croyant prendre de la caféine 2) ceux consommant le placebo en croyant prendre de la caféine 3) ceux consommant la caféine en croyant prendre du plaebo et 4) ceux consommant la placebo en croyant prendre du placebo. Sans surprise, la puissance moyenne du premier groupe fut améliorée significativement, suivi en importance par la performance du troisième groupe. Chose intéressante cependant, aucun changement ne fut observé pour la performance des sujets du deuxième groupe. De même, la performance du quatrième groupe fut la moins bonne. L’étude discutée plus haut confirme l’efficacité réelle de la caféine, mais indique aussi que la croyance d’avoir consommé le placebo affecte négativement la performance. Ce dernier élément soulève l’existence possible d’un « effet placebo négatif ».

La même approche fut récemment utilisée (Tallis et al., 2016) pour évaluer l’effet de la caféine et du placebo sur la force musculaire chez des sujets sains. Que les sujets aient cru avoir pris de la caféine ou du placebo, la consommation de caféine fut associée à amélioration de la force concentrique maximale et moyenne.

Cela dit, le potentiel ergogène du placebo n’est pas illimité non plus. Une étude (Ross et al., 2014) comparant l’effet de l’injection d’un placebo d’EPO (« Faux EPO ») à celui de l’injection placebo contrôle chez des coureur entraînés l’illustre bien. En effet, le temps de course de 3 km fut amélioré de 1,2% suivant l’administration du placebo d’EPO; ce qui est significatif mais bien en-deçà de l’effet ergogène normalement attendu pour l’EPO.

Dans la mesure où l’effet placebo comporte une importante composante psychosociale, l’effet placebo varie considérablement d’une situation à l’autre en fonction de plusieurs facteurs individuels, environnementaux ou méthodologiques. Le niveau d’entraînement du sujet est à considérer. Les athlètes paraissent plus sensibles au placebo que la population générale, mais sont également davantage conscients de son effet sur leur performance. L’âge influence l’effet placebo. Les enfants et les adolescents semblent être davantage sensibles au placebo que les adultes et les gens d’âge mûr. Néanmoins, le l’influence du sexe sur l’effet placebo n’est pas clairement établie. Les données présentement disponibles n’indiquent pas de différence claire entre les hommes et les femmes. Le type de personnalité joue probablement un rôle dans l’effet placebo, mais les données psychométriques à ce sujet sont plutôt ambivalentes à l’heure actuelle. Plus récemment, des études ont mis au jour un possible influence de la génétique sur la réponse au placebo. Il est donc probable que des individus aient une plus grande prédisposition génétique à connaître un effet placebo que les autres, indépendamment des facteurs discutés ici jusqu’à maintenant.

Comme brièvement suggéré plus haut, l’apparence d’un produit joue également un rôle important dans la manifestation de l’effet placebo. Jusqu’à un certain point, la forme, la taille, la couleur et même le prix communiqué d’un traitement influencent toutes l’ampleur de l’effet placebo que l’on peut observer chez un sujet. Cela est aussi vrai pour le contenant que pour le contenu du traitement. Par exemple, des comprimés, des capsules ou encore un emballage de couleur rouge ou orangée auront tendance à exercer un effet plus stimulant à composition égale que s’ils étaient bleus ou verts. De même, les comprimés ou capsules de grande taille auront des effets plus marqués que des comprimés ou capsules de petite taille à dosage égal. Tout aussi intéressant, la présence d’une marque reconnue sur une pilule tend à rendre celle-ci plus efficace qu’avec la présence d’une marque moins connue ou d’une marque générique. De nombreux autres exemples comme ceux mentionnés précédemment existent. Il serait à cet égard intéressant de se pencher sur l’effet ergogène ou non sur les consommateurs que peut exercer la facture visuelle souvent chatoyante voir « criarde » que présentent un grand nombre de produits de nutrition sportive.

Si l’apparence d’une substance joue un rôle sur son effet, la façon dont elle est présentée est tout aussi importante. En milieu clinique par exemple, il est fort bien documenté que l’attitude d’un médecin à l’endroit d’un traitement qu’il prescrit influence grandement la réaction positive ou négative du patient au traitement en question. Cette constatation-là mérite une attention particulière quand vient le temps de discuter des aides ergogènes. Cela est vrai dans la mesure où à défaut d‘être des prescripteurs, les entraîneurs constituent la principale source d’information sur la supplémentation et/ou le dopage chez la très grande majorité des sportifs et des athlètes (plus de 80% au Canada).

Potentiel ergolytique: le placebo est-il sécuritaire ?

Comme déjà mentionné plus haut, le fait de savoir ou de croire avoir consommé du placebo tend à atténuer l’effet bénéfique ou ergogène d’une intervention ; à l’image d’un « placebo inversé ». Ce phénomène, bien réel, est appelé « effet nocebo » (du latin « je nuirai »). L’effet nocebo est beaucoup moins connu et étudié que l’effet placebo. L’existence de l’effet nocebo n’est pas une surprise en soi.

Mis à part l’effet nocebo, une chose sensée être « inerte » comme le placebo peut-elle vraiment provoquer des effets indésirables ou présenter un danger pour la santé ? On est après tout en droit de s’attendre à aussi voir des effets indésirables ou secondaires attribuables au placebo si celui-ci peut avoir un effet thérapeutique ou ergogène.

Il faut d’abord considérer le fait qu’il n’existe aucun standard de placebo à l’heure actuelle. En règle générale, la nature exacte du placebo est rarement divulgué par les chercheurs et les auteurs dans leurs études. Ce faisant, les substances contenues dans un placebo varie considérablement d’une étude à l’autre (ex. : glucose, amidon, eau saline etc.). Or, une substance contenue dans un placebo peut tout de même avoir un effet qui lui est propre, même si cela n’est pas sensé agir sur l’aspect étudié. D’une étude à l’autre, les effets indésirables les plus souvent documentés avec le placebo comprennent le mal de tête, la nausée, les ballonements et les étourdissements. Les effets indésirables associés au placebo sont cependant très variés. En fonction de ce qui est attendu, les effets indésirables du placebo peuvent parfois imiter les effets indésirables du véritable traitement jusqu’à un certain point.

 

Références

  1. Beedie, C. J. (January 01, 2010). All in the mind? Pain, placebo effect, and ergogenic effect of caffeine in sports performance. Open Access Journal of Sports Medicine, 1, 87-94.
  2. Beedie C. J., Stuart E.M., Coleman D. A., Foad A. J. Placebo effects of caffeine on cycling performance. Med. Sci. Sports Exerc. 2006; 38:2159Y64.
  3. Foad, A. J., Beedie, C. J., & Coleman, D. A. (January 01, 2008). Pharmacological and Psychological Effects of Caffeine Ingestion in 40-km Cycling Performance. Medicine and Science in Sports and Exercise, 40, 2, 158-165.
  4. Ross, R., Gray, C. M., & Gill, J. M. (January 01, 2015). Effects of an Injected Placebo on Endurance Running Performance. Medicine and Science in Sports and Exercise, 47, 8, 1672-81.
  5. Tallis, J., Muhammad, B., Islam, M., & Duncan, M. J. (January 01, 2016). Placebo effects of caffeine on maximal voluntary concentric force of the knee flexors & extensors. Muscle & Nerve.

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